Misère du foot
Par Noureddine Khelassi
Modeste, très modeste. L’adjectif sied bien au football algérien en général. En particulier, à son rang au classement des nations. Présentement, aux résultats de l’équipe nationale, qualifiée au troisième tour des éliminatoires jumelées du Mondial et de la CAN 2010. Les modestes Fennecs, qui n’ont pas démérité face à des Lones Stars laborieux, ont été aidés par un heureux coup du sort sous la forme d’une contre-performance du Sénégal, leur adversaire direct. Cette qualification ric-rac, est juste un sursis pour l’équipe nationale, sempiternel arbre cachant la forêt de la misère du football national. Ce serait même sa feuille de vigne. Le football algérien, c’est d’abord des chiffres : 56ème au classement FIFA, 11ème rang africain, aucun titre depuis l’unique coupe de la CAF en 1990. Pis, aucune participation à la Coupe du monde depuis le Mondial de 1986. Le football algérien, c’est surtout des infrastructures vétustes avec des pelouses pelées ressemblant parfois à des champs de patates. Inadaptées, elles sont indignes d’un pays pétrolier qui compte sur la scène africaine et arabe. Ne disposant pas d’un système de formation qui aurait favorisé la détection précoce de jeunes talents, le foot national a un statut bâtard fondé sur un semi-professionnalisme qui refuse de dire son nom. Ce qui ne l’empêche pas pour autant de vampiriser quelques talents en déshérence de l’Afrique subsaharienne. Ce n’est pas le moindre des paradoxes. Le football algérien est également malade de sa gestion approximative et erratique. Il l’est aussi de l’existence d’instances dirigeantes expertes en navigation à vue et en application de remèdes de carabins. Pis, il pâtit de l’existence d’un système de financement incongru. Véritable usine à gaz, il combine mécénat, argent informel et subventions publiques généreuses accordées le plus souvent au détriment d’autres disciplines et de l’EPS en milieu scolaire et dans le monde du travail. C’est ainsi que le football
est tombé entre les mains d’une nouvelle race de dirigeants «beggaristes». Ces maquignons et autres margoulins du dinar dans les sacs poubelles, parfois, payent en sous-main des entraîneurs sans les déclarer à la Sécurité sociale. Le football doit désormais s’extraire des circuits occultes, trouver des sources de financement propres, notamment en développant une politique de sponsoring et de merchandising active. L’Etat, tout en affectant désormais son aide à la promotion du football amateur, devrait lancer un «plan Marshall» pour doter l’Algérie de stades modernes, d’enceintes lui permettant de prétendre un jour à l’organisation d’un Mondial du football, à l’instar de l’Afrique du Sud ou du Maroc qui en avait exprimé un jour la prétention. En attendant, il serait sans doute bien avisé de mettre en place une DNCG, une direction nationale de contrôle de la gestion des finances du football. Tout le monde y verrait plus clair dans les circuits opaques et le football serait le grand gagnant. L’Algérie, en image de marque et de prestige.
Ce n’est pas rien.
N. K.
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