Ramadhan et les harraga
Par Ali Boukhlef
La problématique sociale liée à la rentrée scolaire et l’avènement du mois de Ramadhan ont fait oublier aux médias nationaux et à l’opinion publique d’autres problèmes aussi cruciaux que dramatiques. Il en est ainsi de l’épineuse question des harraga, ces jeunes qui tentent l’impossible pour rejoindre -peut-être- des cieux plus cléments et des terres accueillantes. Ces jeunes n’attendent ni rentrée sociale ni saison particulière pour faire parler d’eux.
Il ne se passe pas un jour sans qu’on entende parler de jeunes interceptés au large, comme ces 14 jeunes qui fuyaient les gardes-côtes à Annaba, ou ayant atteint les rivages de l’autre côté de la Méditerranée. Mais d’autres images sont encore plus dramatiques, avec le décès d’autres candidats à l’émigration clandestine.
Voilà une des préoccupations les plus sérieuses de la société. Car, si le phénomène –qui ne cesse de prendre de l’ampleur- a fait l’objet, ces derniers mois, de discours et d’initiatives politiques venant même des plus hautes autorités politiques du pays, il n’en demeure pas moins qu’il pose de sérieux problèmes à la société et, plus généralement, au pays.
D’abord, sur le plan symbolique, ou plutôt politique. Car, si un jeune ou parfois des gens plus âgés tentent d’aller vivre dans d’autres pays, cela veut dire que les choses ne vont pas bien ou vont mal. Très mal. Autrement dit, il y a échec quelque part.
Et c’est justement sur ce plan que le problème se pose le plus. On peut difficilement parler de réussite ou d’hypothétiques perspectives à un jeune qui désespère de son devenir.
Parce que –le propos a le mérite d’être redit- il est quand même curieux de ne pas se poser cette question pour le moins sérieuse : qu’est-ce qui pousserait un jeune à prendre un risque mortel si les choses étaient bonnes ?
Il n’y a que le mal-être qui peut pousser quelqu’un à penser au pire. Si les gens cherchent à fuir, c’est tout simplement parce qu’il existe ici un malaise profond. Il est vrai que le chômage est un des motifs les plus importants qui poussent les jeunes à traverser la mer. Mais il n’y a pas que cela. Il n’y a d’ailleurs qu’à voir les nombreux diplômés, les fonctionnaires et autres employés qui font partie de ces interminables vagues de «chercheurs de belles vies» pour se rendre compte que l’argent –même s’il il est important- n’est pas la clé de tout.
A chaque fois qu’on aborde le sujet, des voix s’élèvent pour prétendre se préoccuper du problème ou, parfois même, proposer des solutions se limitant le plus souvent à de grandes rencontres qui ne serviront pratiquement à rien. Même pas à comprendre ces jeunes dont le fossé les séparant de leurs responsables ne cesse de s’élargir. Le mal est ailleurs. Il suffit de le chercher. Les solutions existent, à condition que la volonté politique suive. Et c’est là toute la question.
A. B.
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- Samedi 18 février 2012
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