Les «trouveurs»
Par Kamel Amghar
De l’avis général, l’Algérie est aujourd’hui un immense chantier. L’Etat a mis vraiment le paquet pour relancer l’activité économique, soutenir l’emploi et doper la croissance. De grands projets sont en cours de réalisation et d’autres en voie de lancement. Autoroutes, aéroports, universités, villes nouvelles, subventions agricoles, aide à la création de PME, réforme de la politique industrielle et diverses infrastructures de base sont au menu de cet exceptionnel effort de développement qui va crescendo depuis l’année 2000. Le gouvernement annonce d’autres programmes d’investissement de l’ordre de 150 milliards de dollars pour les années à venir. Hommes d’affaires étrangers et entreprises intercontinentales, appâtés par l’ampleur des ateliers ouverts, se précipitent sur les appels d’offres internationaux que le pays publie au quotidien. En gros, il y a beaucoup de travail. Cependant, de nombreuses entreprises publiques croulent toujours sous le poids des dettes, nouvelles et anciennes, et continuent de lancer des SOS pour leur sauvetage in extremis. Malgré les alléchants plans de charge dont elles pouvaient disposer, ces entités n’arrivent manifestement pas à se tirer d’affaire par elles-mêmes. L’Exécutif vient, en effet, de voler à leur secours en gelant le découvert financier de 146 entreprises publiques dans l’espoir de leur donner une seconde chance de viabilité. Est-ce la solution ? Le problème de ce cas de figure ne se situe pas dans le volet purement financier. Il s’agit d’autre chose de plus important. Ces sociétés moribondes doivent impérativement revoir leur mode de gestion, leur stratégie managériale, la qualité de leur outil de production, le degré de compétence de leurs ressources humaines, la place qu’elles accordent au savoir-faire, à la recherche-développement, au marketing et à la communication, au lieu de quémander comme toujours de l’argent frais auprès du Trésor public. C’est à ce niveau-là que ça cloche. L’idée de ceux qui tiennent à jeter des ponts solides entre l’université et le monde de l’entreprise constitue, à l’évidence, une issue durable et une perspective adéquate à cette situation de faillite qu’on prolonge à coups de milliards. Les entreprises publiques doivent absolument se moderniser pour faire face aux défis de la qualité et de la productivité. Il leur faut pour cela du sang neuf. C’est au sein des universités et des écoles supérieures qu’elles trouveront les solutions appropriées à leurs difficultés. Ce rapprochement doit se faire autour de la recherche sur la base d’un partenariat exigeant et mutuellement bénéfique. «Notre université est aujourd’hui en mesure de nouer des conventions de recherche avec des sociétés du médicament, de la chimie, de l’agroalimentaire ou des travaux publics et du bâtiment», s’enthousiasme le recteur de l’université de Béjaïa qui vient d’ouvrir la deuxième édition d’un forum placé sous le signe «l’université et le monde productif». Mais il appartient aussi à l’université de se mettre au diapason des préoccupations réelles de la sphère économique. Un chercheur qu’on sollicite doit être tenu aussi par des exigences de performance et de qualité. On doit en finir aussi avec l’usurpation de ce statut d’enseignant-chercheur qui ne cherche rien. Car, comme disait un grand homme politique français, «des chercheurs, on en trouve partout. Des trouveurs, on en cherche toujours».
K. A.
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