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Slimane Amirat ou l’amour à l’état pur

Par Abdelkrim Ghezali

Dix-sept ans déjà que Slimane Amirat a disparu brutalement alors qu’il se recueillait devant la dépouille de Mohamed Boudiaf, assassiné le 29 juin 1992 à Annaba. L’homme qui a choisi l’Algérie était d’une sincérité sans égale. Lorsque la crise politique a commencé à déchirer la classe politique, Amirat a tout fait pour réunir et unir les politiques autour d’un programme minimum, garantissant les droits de tous les courants politiques. Le chef du MDRA avait pris part à toutes les rencontres politiques afin d’aboutir à un accord devant préserver la stabilité du pays et permettre à la jeune démocratie de s’enraciner dans un terreau instable et sablonneux. Amirat a été ainsi témoin des tiraillements de la classe politique et de l’atomisation des forces dites démocratiques qui allaient préparer le lit à un islamisme rampant et menaçant. Amirat, cet homme à la carrure forte et au tempérament de paysan, a compris que l’Algérie glissait rapidement vers un abîme et avait tout fait pour lui éviter cette trajectoire mais en vain. Le retour de Boudiaf au pays et aux affaires politiques de l’Etat avait suscité chez Amirat, à l’instar de la majorité des citoyens, un espoir qui n’avait d’égale que le risque qu’encourait le pays. Amirat connaissait Boudiaf. Il connaissait autant le militant de la cause nationale que l’homme qui était en charge de la destinée du pays. Ils se ressemblaient. Tous deux étaient entiers, sincères, altruistes et dévoués aux causes dans lesquelles ils s’impliquaient. Tous deux avaient un franc parler sans égal. L’intérêt suprême de la nation passait avant leurs propres familles. Ils n’avaient ni froid aux yeux ni froid au cœur. Si l’élan du cœur de Boudiaf a été brisé net par une rafale de mitraillette par traîtrise, celui de Amirat a été brisé par un chagrin aussi traître et aussi immense pour un pays qu’il chérissait plus que tout. Quand Si Slimane s’est mis devant la dépouille de Boudiaf, ses yeux s’étaient alors posés sur un corps qui incarnait toute l’Algérie, qui incarnait tout cet espoir qui s’est transformé en pleurs dans les rues des villes et villages du pays. Amirat savait que Boudiaf n’était pas la victime d’un illuminé, isolé, mais celle de la cupidité des hommes qui faisaient passer leurs intérêts personnels et claniques avant ceux de toute une nation. Amirat avait compris ce jour-là que le sort de l’Algérie était scellé et que des perspectives sombres s’ouvraient devant ce peuple condamné à vivre une autre tragédie. Mais la douleur de Amirat était plus intense encore, charnelle, parce qu’il savait que dans cette tragédie programmée ce sont les Algériens qui allaient s’entretuer. C’est cette perspective inimaginable quelques années plus tôt qui a été insupportable pour ce cœur pétri dans l’amour de la patrie jusqu’à la mort. 

A. G.

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