Alors que producteurs et consommateurs se concertent
La courbe endiablée des cours du pétrole continue
Par Youcef Salami
La courbe endiablée des prix du pétrole ne faiblit pas. La spéculation en est la principale cause, ainsi que le souligne l’OPEP. En valeur, le baril de brent de la mer du Nord pour livraison en août prenait hier 69 cents à 141,36 dollars, sur l’Inter Continental Exchange (ICE) de Londres. Le baril de «light sweet crude» pour livraison en août gagnait 39 cents à 141,36 dollars, sur le New York Mercantile Exchange (Nymex). Lundi dernier, les cours de l’or noir tournaient autour de 143,67 dollars le baril à New York et de 143,91 dollars à Londres. La tendance haussière en question fait débat à l’échelle mondiale. Elle fait aussi des mécontents dans le camp des
pays consommateurs. Ceux-ci multiplient les réunions avec les pays pétroliers en vue d’y mettre un terme. Sans succès, pour l’instant. La conférence de Djeddah, tenue la semaine dernière en Arabie saoudite, ne s’est pas terminée à la satisfaction de tout le monde. Elle a été sanctionnée par un document résumant à grands traits l’évolution des marchés et les raisons qui font que la flambée des prix a pris de telles proportions. Les pays consommateurs n’ont pas réussi à faire passer ce qu’ils souhaitent : une augmentation de l’offre pétrolière de l’OPEP. Cette dernière a raison de ne pas modifier ses quotas parce qu’il n’y a pas de déséquilibre entre l’offre et la demande. Le congrès de l’énergie tenu à Madrid s’achèvera aujourd’hui. Il est peu probable qu’il parvienne à dégager une solution qui arrangerait pays consommateurs et pays producteurs. Que faire ? Certains experts réfléchissent à d’autres alternatives. Le directeur de l’Institut français de haute finance (IHFI) est de ceux-là. Philippe Dessertine a estimé, dans les colonnes du journal le Figaro, que les cours du pétrole peuvent baisser à la condition que la Banque centrale américaine (Fed) «relève ses taux directeurs» qui à bas niveau ont déclenché une forte spéculation sur le marché pétrolier et sur l’ensemble des autres matières premières. Est-ce possible, sachant que la Fed avait taillé dans ses taux d’intérêt pour face à la crise produite par les crédits immobiliers aux Etats-Unis ? Les experts convoqués à grands sons de trompe rivalisent de doctes explications et graphiques incontestables pour expliquer la hausse des prix pétroliers, mais «oui», le prix du pétrole peut baisser, mais la Federal Reserve américaine détient les leviers, a-t-il souligné. Et, d’ajouter : «Le prix du baril s’est envolé, d’un seul coup…» comme s’il existait une cause brutale. Le directeur de l’Institut français de haute finance assure qu’il ne cherche pas l’explication, cette origine est facile à trouver : la crise financière, devenue crise économique planétaire. Selon lui, face à l’ampleur de cette catastrophe, les autorités américaines ont arbitré, comme on dit en finance : juguler la récession par tous les moyens, au risque d’exporter l’inflation dans le reste du monde. Il a rappelé que, pour tenter d’alimenter la demande, pour résorber le crédit crunch, la Fed a baissé ses taux presque sans limite.
Y. S.
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