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35ème anniversaire de la création du Polisario

Le défilé de l’impatience des Sahraouis à Tifariti

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Photo : Zoheïr

De notre envoyé spécial à Tifariti en territoires sahraouis libérés
Ali Boukhlef

Le Front Polisario a fait une démonstration de force, hier mardi, à l’occasion de la célébration du 35ème anniversaire de la création de du Front Polisario et du déclenchement de la lutte armée pour la libération du Sahara occidental.
Les troupes militaires du Polisario ont donc défilé, dans une atmosphère poussiéreuse, devant le président de la République arabe sahraouie démocratique (RASD) Mohamed Abdelaziz et les dizaines d’invités venus des «quatre continents».
Parce qu’il est utile de souligner que, même si leur nombre a diminué cette année par rapport aux années précédentes, nombreux sont les délégués venus de plusieurs pays, parfois issus des grands de ce monde, ou venus simplement de pays dont la seule présence porte d’énormes symboles. Il s’agit notamment de l’Iran, représenté par le chargé d’affaires de son ambassade à Alger, après une rupture qui a duré plus de vingt-huit ans. D’autres pays tels que le Brésil, le Mexique, l’Italie -représentée par un responsable de la Ligue du Nord, un parti d’extrême droite membre de la coalition au pouvoir- de la Russie, de 14 pays africains aux côtés,
bien entendu, de l’Algérie et de l’Espagne, dont les délégations sont plus importantes. Côté algérien, en dépit de l’absence d’officiels, puisque aucun membre du gouvernement n’est présent, beaucoup de partis politiques et d’organisations sont visibles au premier rang. On remarque  Bouguettaya du FLN, Tayeb El Houari qui a présidé
la délégation parlementaire, Moussa Touati du FNA, Chalabia Mahdjoubi du MJD et d’autres personnalités. Sur le plan politique, cet anniversaire est aussi un défi. Parce que, au-delà de la limite des moyens dont dispose le Polisario, le défilé d’hier est, pour beaucoup de Sahraouis, comme une preuve que «le Maroc ne peut rien faire». Et le Premier ministre, Abdelkader Taleb-Omar, l’a dit à haute voix devant de nombreux représentants des médias venus du monde entier : «Les festivités d’aujourd’hui sont une preuve que nous pouvons exercer notre souveraineté sur nos terres et que le Maroc est incapable de mettre à exécution ses menaces.» Et les menaces dont parle Taleb-Omar sont relatives à la violation du cessez-le-feu que le Royaume alaouite avait brandi en décembre de l’année dernière, lorsque le Front Polisario, avec l’aide de plusieurs pays, avait annoncé, dans la foulée de l’organisation de son congrès, qu’il allait ériger plusieurs institutions à caractère politique, sportif, culturel et hydraulique au niveau de la localité de Tifariti, une zone considérée par la RASD comme territoire libéré et par le Maroc comme faisant partie de la zone tampon, démilitarisée. Et ce n’est certainement pas demain que le problème sera réglé. Puisque le quatrième round des négociations entre le Front Polisario et
le Maroc, tenu au mois de mars à Manhasset, dans la banlieue new-yorkaise, n’a rien apporté.
Et la date pour l’organisation du cinquième round, dont le principe a été retenu, n’a toujours pas été fixé. Mais d’ores et déjà, les responsables sahraouis n’y croient pas vraiment, à l’image du Premier ministre et du ministre de la Défense qui disent n’attendre rien de la suite des négociations.
D’habitude plus nuancé, le président Mohamed Abdelaziz, a quand même affiché son impatience en indiquant que l’Organisation des Nations unies «est responsable de l’échec du processus de l’autodétermination du peuple sahraoui» qui lutte pour son indépendance depuis des décennies.
Seulement, toutes les options restent ouvertes, d’autant plus qu’aucune option sérieuse ne se profile à l’horizon. Pis, de nombreux Sahraouis rencontrés soit dans les camps des réfugiés de Tindouf, soit à Tifariti n’écartent plus la reprise des hostilités. Et beaucoup pensent que la reprise des armes est l’ultime solution à leur problème, même si la direction du Polisario préfère temporiser.
Pendant ce temps, le peuple sahraoui continue à souffrir presque dans l’indifférence. Le pire est-il à venir ? Toutes les probabilités restent possibles dans un conflit qui reste tout de même l’un des derniers cas de colonisation dans le monde. 

A. B.

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