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élément de redynamisation et de consolidation des identités régionales

Le patrimoine saharien, un pont culturel pour le Maghreb

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Par Rahoui Houcine*

L’espace maghrébin, inscrit dans une continuité géographique et partageant des particularités géophysiques et bioclimatiques similaires, a toujours été défini, sinon appréhendé, comme une entité homogène avec ses composants physiques : zones côtières (Nord), plaines 
intérieures, Hauts-plateaux et Sahara.Dans cette diversité paysagère, les sociétés humaines maghrébines ont évolué dans des contextes sociohistoriques tantôt similaires, tantôt communs.Au-delà des frontières que les occupants et colonisateurs ont, tour à tour, définies ou tracées selon les intérêts du moment, et qui ont exacerbé autant de tensions…, s’impose à nous une matrice commune que le temps et les évènements ont tissée en un destin commun et dont le projet vacillant du Grand Maghreb constitue l’illustration riche en couleurs, à défaut de sa matérialisation.Quant au patrimoine maghrébin, aussi bien matériel qu’immatériel, il suit la même courbe, sinon les mêmes tendances. Il se constitue principalement d’un patrimoine archéologique qui remonte loin dans la préhistoire, d’un patrimoine ancien et antique, d’un patrimoine moyenâgeux et précolonial islamique, d’un patrimoine colonial et enfin d’un patrimoine postcolonial en construction, ou en composition.Ce découpage diachronique permet de percevoir la symbiose des événements synchroniques qu’ont connus les pays du Maghreb à travers des destinées souvent communes.Dans ce cadre, on tentera de mettre en exergue quelques aspects saillants du patrimoine immatériel saharien, comme élément de consolidation des liens sociaux et culturels des pays du Grand Maghreb.L’espace saharien a été, depuis la nuit des temps, convivial aussi bien pour les espèces florales et faunistiques que pour la société humaine.Et si les vagues de sable, coquillages et autres témoins pétrifiés dans la roche prouvent l’existence primaire d’une étendue marine, les fresques, immenses tableaux d’art, disséminés à travers les grands espaces sahariens, laissés par nos aïeux, montrent que cet espace habité par les Hommes aux différentes ères géologiques et périodes historiques continue de transcrire par intermittence, certes, son histoire sur différents supports et de plusieurs manières. L’espace saharien que partagent, aussi bien, les pays du Sahel (pays subsahariens) que ceux du Grand Maghreb avec l’Algérie, recèle des richesses tout aussi matérielles, physiques que culturelles.Et, si les découvertes et recherches entamées à la fin du siècle passé ont mis en relief les richesses archéologiques… mais aussi minières, celles entamées à l’aube de ce troisième millénaire mettent l’accent sur le patrimoine universel, bien de l’Humanité.Les différents classements opérés par l’Unesco montrent l’intérêt grandissant pour la culture saharienne, tant au niveau de ses sites naturels et culturels qu’à ceux de ses patrimoines matériel et immatériel.Et si l’approche du patrimoine matériel a connu une certaine avancée dans l’étude des espaces historiques habités (urbanisés), médinas au nord, ksour dans les Hauts plateaux et Sahara et z’ribas dans l’extrême sud, ainsi que des vestiges, outils et différentes matières façonnées par les Hommes, celle du patrimoine immatériel, constituée principalement par les us et coutumes, mais aussi et surtout par les légendes, histoires, poèmes, chants, danses et autres manifestations à caractère social et culturel, restent, pour la plupart, à découvrir et/ou à redécouvrir.
Les festivals dédiés à la chanson amazighe, aux chants et musiques touarègues, à l’ahellil du Gourara, la sbeiba à Djanet, Yanneyer (nouvel an du calendrier amazigh) et autres… sont autant de manifestations et d’opportunités culturelles et scientifiques pour mettre en relief, et pour d’autres, mettre à jour et exhiber, quelques-unes des multiples facettes de notre patrimoine immatériel. Et si bon nombre de chapitres ayant trait au patrimoine immatériel des régions côtières et intérieures ont été abondamment étudiés, de par la proximité des zones de décision et d’influence, et de par la densité des événements et des institutions, ceux des régions sahariennes l’ont été beaucoup moins.Et si le Sahara s’est caractérisé par l’immensité de ses espaces, ses occupants se sont caractérisés par leur grande mobilité, diffusant et nourrissant leurs modes de vies et coutumes et tissant des liens de plusieurs ordres, dont des liens de lignage. En d’autres termes, une mobilité qui a permis d’équilibrer l’équation, ou rapport espace/société. C’est pourquoi des us et manifestations similaires ont été constatés, autour, et dans l’espace saharien.Le recensement et l’observation (dans le sens sociologique ou socio anthropologique) des activités et manifestations culturelles qui se déroulent aussi bien en Algérie qu’à l’échelle du Maghreb font ressortir les traits communs suivants :-Les manifestations à caractère religieux, placées sous l’égide d’hommes saints. Nous les appelons en Algérie «Ouaâda», telles Ouaadat Sidi Mohammed, Sidi Yahia, Sidi Lakhdar, etc. ou dédiées au Créateur, Allah, au regard ou en attente d’une bonne récolte. Ces fêtes périodiques sont aussi appelées «Mawassim» qui veut dire «saisons».-Les manifestations à caractère socioéconomique : s’appellent aussi «mawssim» en raison des saisons de moissons et de récoltes variées telles les cueillettes d’olives, de dattes, d’oranges ou de fleurs (Maroc) etc.-Les manifestations à caractère éminemment social : elles sont aussi cycliques et permettent le regroupement et la rencontre entre tribus et villages. Elles sont le moyen de renouer les liens sociaux, de régler les problèmes et conflits éventuels et une occasion pour renforcer les liens de sang par l’organisation des cérémonies de mariages à titre individuel ou collectif…Ces grands rassemblements de populations appellent la mobilisation de grands moyens et ressources pour assurer l’hébergement et la restauration de milliers de personnes, avec en plus les moyens de loisirs, de distractions et de détente qui s’inscrivent dans le répertoire intarissable d’un patrimoine commun riche et varié (c’est dire que ce niveau traditionnel d’organisation requiert rigueur et compétence…).Cela n’empêche pas d’autres activités à but lucratif d’émerger pour le grand bonheur des visiteurs et consommateurs de tous bords. Ces manifestations et festivals aux couleurs bariolées qui prennent aussi l’allure de fêtes foraines, sont une aubaine qui permet aux collectivités locales de promouvoir culture et commerce, un coup de publicité aux effets positifs en retour indéniables… pour peu que l’on sache saisir les opportunités.Malgré l’intérêt accordé, de plus en plus, à ces manifestations, force est de constater que le Maroc a pris une longueur d’avance appréciable par rapport aux autres pays du Maghreb dans ce domaine, et ce en fonctionnalisant et en intégrant «Mawassim», fêtes et festivals dans les circuits locaux et internationaux du tourisme, dans la perspective d’un éco-tourisme durable.Les pays du Maghreb, par rapport aux pays du Moyen-Orient, se caractérisent par une similitude thématique, c’est-à-dire dans les contenus, et formelle, c’est-à-dire dans les formes d’organisation qui tirent leur sève des structures traditionnelles des sociétés productrices de ces valeurs ancestrales, qui se traduisent par les chants, danses, fantasia (goum), mais aussi par la poésie et la récitation particulière (Tajweed) du Saint Coran.Tout cela montre l’intérêt séculaire que revêtent ces évènements à l’échelle maghrébine. Là où les langues et dialectes multiples se croisent et se reconnaissent à travers des chants et poèmes d’un autre âge et d’une autre dimension commune aux pays du Grand Maghreb. Là, où s’exprime l’unité dans la diversité linguistique et la richesse des us, coutumes et mœurs.En conclusion, on notera qu’il y a deux niveaux d’actions pour la promotion de cette région du monde et pour la consolidation de l’identité du Grand Maghreb.- Le premier niveau consiste à consolider les liens déjà existants des pans immergés de ce 
patrimoine commun déclaré en partage.- Le deuxième niveau consiste à tisser un réseau de communications multiples fiable. Des communications aussi bien virtuelles à travers les canaux de télécommunications audiovisuelles et mass-média, mais aussi par la mise en place d’infrastructures d’accueil et de prise en charge communes et le traçage des objectifs et programmes aux échelles maghrébine et régionale pour offrir aux touristes potentiels des choix, des destinations, des lieux signifiants et des moyens de détente et de loisirs adéquats et adaptés.Il est à souligner que la portée de ces actions ne se limite pas à l’apport économique bénéfique, combien nécessaire au désenclavement de cette partie des territoires maghrébins, mais s’étend aussi à la mise en avant, et en relief, des valeurs communes, qui sont à même de protéger et perpétuer la vie, sinon la survie, du patrimoine immatériel commun, de le faire connaître, pour mieux le transmettre aux générations futures.Parallèlement à cela, la relance orientée et effective de l’artisanat et des produits manufacturés et d’une gastronomie traditionnelle locale et classée bio, les activités annexes et connexes connaîtront, à coup sûr, un élan irréversible tant au niveau des compétences qu’à celui de la performance, à l’heure où la mondialisation impose un rythme effréné pour maintenir un seuil de croissance, soutenable et viable.
R. H.
*Sociologue urbaniste, Maître de conférences 
au département des Arts de l’université de Tlemcen
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