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3e Festival international des arts de l’Ahaggar

De la world à la sauce africaine avec le griot Djeli

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Photo : Ziad Abdelhadi
De notre envoyé spécial à Tamanrasset 
Hassan Gherab
 
Pour la 3e soirée du Festival culturel international Abalessa-Tin Hinan des arts de l’Ahaggar (Fiacaa) et deuxième scène de Tamanrasset, jeudi soir dernier, on a fait les choses en grand. En entrée, la musique du tassili N’Adjjer, avec Abdallah Mesbahi et sa troupe. Fils spirituel du défunt Othmani Bali, Mesbahi, en tenue traditionnelle, tout comme toute sa troupe, n’a, sur scène, que des instruments acoustiques : son luth, quatre derboukas, un tar et un karkabou, et un chœur de trois chanteuses. La seule concession que l’artiste targui fera à la modernité sera une guitare électrique pour l’accompagnement. Le luth règne en maître. Il accompagnera tous les poèmes en intro et donnera le La au reste du groupe. Les percussions sont fortement présentes. Elles prennent systématiquement le relais pour faire danser les spectateurs qui réagissent au quart de tour. Mesbahi a son public bien en main. Les chansons se suivent et se ressemblent. Même tempo, même rythme, seules les paroles, des textes de la fête de la s’biba de Djanet que Mesbahi a retravaillé, changent. Ça tourne en boucle, mais ça plaît, ça fait danser. On retrouve le style Bali, mais sans cette créativité, cet effort de recherche et de diversification rythmique et sonore qui fait d’une composition une œuvre d’art.La suite sera sur un autre registre. On enchaîne avec le griot Guinéen Djeli Moussa Condé. Le chant doucereux de la chora et la voix mélodieuse s’élèvent. L’ombre de Touré Kunda, le mandingue, plane sur la scène. Le bassiste, Finlandais, fait des merveilles sur sa basse cinq cordes, en parfaite harmonie avec la chora de Djeli. Le percussionniste, un Français qui est tombé dans la musique africaine comme Obelix dans la potion magique, avec son caiffon, bangos et cymbales,  porte admirablement le jeu des cordes de la chora et de la basse où la flûte traversière fait couler des petits solos quis’harmonisent admirablement avec le chant de l’instrument africain et les modulations de la choristes, qui est la petite sœur de Djeli. La fusion est totale. La chora du mandingue va à la rencontre de la basse du Finlandais, pour un duo où seuls les percus du Français trouvent une place. Les barrières de la langue et des frontières sautent. La musique tisse les liens et construit les ponts que les politiques s’obstinent à détruire. Elle emplit les vides que l’incompréhension et la bêtise humaine ont creusés. Il pleuviote. Les nuages qui bouchaient le ciel se déchargent au dessus de la scène. Un plaisantin évoque Woodstock et la prestation historique de Ravi Shankar sous la pluie. Désignant Djeli avec sa chora, un autre lui répond qu’on a notre Ravi Shankar. Le chanteur troque sa chora contre une guitare électrisée. On sort de la musique mandingue pour aller vers l’universel, la world music, mais à la sauce africaine, que les percussions font monter. L’équilibre entre tradition et modernité est là. La flûte traversière le maintien avec quelques incrustes bien placées. La flûte, elle aussi, sera remplacée par un ney qui donne la réplique à la chora. La basse prend le relais. Les percus, très présentes, restent cependant mesurées. Le bassiste revient avec un solo du tonnerre. Ney et chora marquent la transition avec le solo de percussions qui accompagnent les pas de la choriste, devenue danseuse.La suite sera plus posée. «Une chanson pour les enfants Haïtiens», dira Djeli. Et elle prendra le tempo qui sied à ce drame. Elle sera touchante, avec une charge d’émotions que seul le cœur d’un
authentique artiste peut exprimer. Djeli clôturera sa chanson avec un petit réquisitoire contre ces drames que vit le monde, famine, guerre, racisme, exclusion… et un plaidoyer pour l’amour, la paix, le dialogue qui contribueront à, si ce n’est faire disparaître ces drames, diminuer au moins le nombre de leurs victimes. Encore une chanson pour la fin et Djeli termine son tour de chant avec une sortie éclatante que saluera le public qui emplissait la vaste place du 1er-Novembre, sur laquelle étaient dressés la scène et un écran géant gonflable pour les spectateurs se trouvant sur le trottoir, à l’autre bout de la place. Royaume zipompa pompa du Congo prendra la place de Djeli et ses compagnons. Le groupe congolais fera une entrée tonitruante. Deuxdanseuses endiablées surgissent sur la scène et déclenchent une véritable clameur. La guitare électrique est l’instrument central dans la musique congolaise. La basse et la batterie donnent le rythme aux danseuses, qui enchaînent les pas et les figures de N’ambolo et des variantes de Soukous N’ambolo, danses typiquement congolaises. Le groupe maintient la cadence et l’ambiance de fête. Les deux choristes se joignent aux danseuses. Même le chanteur s’y met. Tout le monde danse. Pour ajouter du piquant au spectacle, le chanteur invitera des spectateurs à monter danser avec eux sur scène. Et ça marche. Il jettera son dévolu sur Sabine, une professeure de danse africaine qui anime un atelier au campement du festival. Sabine s’intégrera facilement au mouvement, normal, elle est africaine et professeur de danse. Il y aura aussi Redha, membre de l’équipe d’organisation du festival, qui, lui, également fera une belle prestation. Normal, il a vécu à Brazzaville. Et enfin, il y aura cette fille, qui avait fait l’atelier de danse de Sabine, et qui épatera le chanteur à tel point qu’il lui demandera de s’essayer aussi au chant. L’ambiance de fête se maintiendra jusqu’à l’ultime note et l’ultime mouvement. Tamanrasset aura vécu une belle soirée dont elle se souviendra, car le festival passé, il n’y aura pas grand-chose à se mettre sous la dent. La veille, la scène de la soirée de mercredi était exclusivement algérienne avec les troupes Imarhane de Tamanrasset, Tissilawin de Djanet et Ithran n’Ahaggar de Tamanrasset. Les trois formations ont mis de l’ambiance, mais connaissent les mêmes difficultés quant àtrouver le juste équilibre entre tradition et modernité et accusent les mêmes faiblesses de créativité dans leurs compositions. Plusde moyens et plus de travail leur permettront certainement de combler ces lacunes. Car, le potentiel existe et ne demande qu’à éclater. Et c’est là que les institutions et autorités locales devront intervenir, non par des discours et des promesses, mais par des actions concrètes. A signaler que, selon le programme, la scène d’Abalessa a reçu les groupes Taghalift d’Amsel, In Gazou de Silet, Rezkaoui de Tamanrasset et Diwan El Bahdja d’Alger.
H. G.
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