La troupe d’El Kenadsa en concert à la salle El Mouggar
El Ferda ou l’union par les liens sacrés du son
Photo : S. Zoheir
Par Hassan Gherab
Contrairement à ce qu’on croyait, la fraîcheur de la soirée de vendredi dernier n’a pas profité au concert programmé par l’Office national de la culture et de l’information à la salle El Mouggar. Et pourtant, c’est du bon qui était au menu : El Ferda de Béchar.
La troupe s’étant, depuis plus de deux ans, taillée une bonne petite popularité dans le microcosme algérois, portée par la vague du rythme et des sonorités gnaouis qui ont conquis un large public, jeune principalement, on s’attendait à «un guichets fermés» pour cette formation dont la musique est de loin la plus authentique, la plus «gnaouie». Quel ne fut notre étonnement de voir la salle, cinq minutes avant le début du concert, à moitié vide. Mais les jeunes spectateurs faisaient autant de bruit que dans les tribunes d’un stade le jour d’un match derby. Et ça n’avait pas encore commencé… Quand les musiciens se sont installés sur la banquette dressée à leur intention sur la scène, la salle était déjà chauffée à blanc. Les jeunes n’attendaient que la bonne note. Ils partiraient au quart de note ! Mais le chanteur comme ses dix compagnons ne sont pas là pour la danse seulement. C’est la philosophie d’El Ferda qui n’est pas un groupe de musique mais une façon de penser et de faire la musique. Les musiciens peuvent changer mais pas la philosophie qui, elle, est la même depuis près d’un siècle, même si elle a connu une éclipse de près de vingt ans à la fin des années 1970. La ferda n’est pas musique de danse mais d’abord d’accompagnement du texte chanté sur un rythme très lent qui montera crescendo à la fin. La composition de l’orchestre -un goumbri, deux violons, un banjo, un mandole et un luth pour les instruments à corde, deux ou trois bendirs, une taaridja, deux derboukas, un pilon en cuivre et el gasaa (large plat de bois pour rouler le couscous sur lequel est tendue une peau) - est en soi indicatrice du genre musical que la troupe allait nous servir avec en entrée un admirable istikhbar exécuté par le soliste avec une non moins admirable voix.
Mais les jeunes du public n’en ont cure. Le texte de Ya krim el kourama, le sens des mots ou l’entrée des instruments leur importait peu. Tout ce qui les intéressait, c’était le rythme qui leur permettrait de s’extérioriser en mimant edj’deb (la transe). Et ils le feront sans même essayer de découvrir et de comprendre ces textes et cette musique qui, comme El Ghiwan au Maroc, portent en eux une partie de l’histoire d’un peuple. Pis, certains ne se gêneront pas de danser au milieu des travées sans se soucier des autres spectateurs.
Difficile d’apprécier un concert dans ces conditions. D’El Ferda on ne distingue plus que les percussions et les postérieurs des danseurs et danseuses. L’arrivée d’une jeune chanteuse issue de la dernière fournée d’Alhan oua chabab, sera saluée, surtout que d’entrée elle sert Ghoumari aux jeunes danseurs survoltés . Les musiciens d’El Ferda l’accompagnent, par la voix et la musique. On n’en dirait pas autant de la sono qui décide de mettre son grain de sel et devient crachotante. La fin de la soirée sera moins bonne que son début, mais pas pour les jeunes qui, eux, dansent à tout rompre et crient comme des forcenés jusqu’à la dernière note, en percussion évidemment. El Ferda aura fait son office et réussi à renforcer les liens entre le public et le genre musical qu’elle entend préserver. Quant au texte, à la philosophie et à l’inscription du genre sur la liste du patrimoine, pourquoi pas mondial, c’est une autre histoire… qui peut commencer dans un ministère.
H. G.
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- Samedi 18 février 2012
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