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Projection du film de Saïd Ould Khelifa à la salle El Mouggar

Vivantes : comment survivre à l’enfer ?

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Par Wafia Sifouane

Lynchées, humiliées et déshonorées, seules face à une meute d’hommes enragés et aveuglés par la colère. Ce sont les femmes du village Haïcha, victimes d’un viol collectif dans une base pétrolière à Hassi Messaoud. Rappelez-vous, il s’agit de l’événement qui a défrayé la chronique en 2001, dévoilant les dessous des conditions de travail médiocres et la maltraitance de la gent féminine. Cette affaire encore loin d’être éclaircie et résolue a fait l’objet d’un long métrage réalisé par Saïd Ould Khelifa intitulé Vivantes. Sortie en 2006 avec le soutien du ministère de la Culture et coproduit par l’ENTV et Procom international, ce film relate en 90 minutes le calvaire de 39 femmes algériennes ayant émigré du nord vers le sud du pays en quête d’un emploi. Seules, habitant dans des baraques, elles prennent sur elles et courbent le dos pour supporter les humiliations quotidiennes que leur imposent les responsables. Pour subvenir à leurs besoins, elles travaillent en tant que femmes de ménage dans une base de vie à Hassi Messaoud, une ville pétrolière.
Ne tolérant pas la présence de ces femmes, Ben, un jeune de la ville, réunit ses amis et les monte contre ces femmes qu’il accuse d’être des pique-assiettes et des prostituées qui salissent l’image de la ville et déshonorent le quartier et ses habitants. Il n’en faudra pas plus pour semer la haine dans le cœur des jeunes, et il suffira d’un geste pour qu’ils se déchaînent. La meute fait irruption chez les femmes d’El Haïcha en plein milieu de la nuit. Armés de bâtons et de couteaux, les jeunes, aveuglés par la haine, frappent, tailladent, brûlent et violent les filles qui seront marquées à jamais dans leur corps et dans leur âme, surtout. Personne n’intervient pour s’interposer à cette déferlante de violence. Personne n’entend, ne veut entendre les cris, les hurlements et les pleurs des femmes violées, violentées et humiliées. Ce sera la nuit la plus longue. Le lendemain, elles quittent les lieux dans un silence sépulcral. Personne ne veut voir. On ferme les yeux. Tout le monde est complice. Même ceux censés porter aide et assistance à toute personne en danger, sans distinction de race, de religion, de sexe ou de statut. Le médecin légiste comme les infirmières refusent de prodiguer les soins aux femmes blessées. Parmi elles, Salma, dont le rôle est interprété par la talentueuse Rym Takouchet et Noun par Samia Meziane. Noun a échappé de justesse à cette descente punitive nocturne. Elle avait quitté la ville le jour même. Pas Salma, qui subira les sévices. Elle sera brûlée au chalumeau et tabassée. Le corps couvert d’ecchymoses et de brûlures, elle rentre chez ses parents. Mais ces derniers la chassent violement. C’est ainsi qu’elle se retrouve embarquée vers Alger pour rejoindre Noun. Réunies, les deux amies d’infortune se serrent les coudes et tentent de se reconstruire dans une société qui les regarde d’un mauvais œil. Chassées de partout, les deux victimes tentent de trouver un sens à leur vie. Pas facile quand ont est sorti tout droit de l’enfer.
Selma, non encore remise du choc, dépose une plainte mais hélas ce sera peine perdue. En l’absence de témoins et de preuves, la justice ne peut rien faire contre ce crime prémédité, œuvre d’une grande conspiration contre ces femmes et dont s’est rendue coupable non une bande de jeunes haineux mais toute une société qui a fait bloc contre elles et étouffé l’affaire.
Pour le final, le cinéaste a opté pour un après-drame en happy end qui tranche quelque peu avec le réalisme du drame. Noun au volant d’un véhicule neuf pour dire que la vie continue sonne faux. En revanche, la révélation des conditions des femmes seules a été réussie. Le réalisateur a fait une profonde lecture de la société algérienne et de ses tabous qui, pour la plupart, sont autant de barrières et de boulets destinés à la femme. Le film s’est distingué par de courts dialogues, se concentrant ainsi sur la force des images, parlantes et révélatrices. Vivantes est à l’affiche à la salle El Mouggar à raison de quatre séances par jour (14h, 16h, 18h et 20h). 

W. S.

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