La crise financière rapproche la Turquie du FMI
Par Burak Akinci de l’AFP
Confronté aux lamentations des marchés, frappé de plein fouet par la crise financière mondiale, le gouvernement turc a accéléré ses négociations avec le Fonds monétaire international (FMI) pour un prêt de plusieurs dizaines de milliards de dollars.
Le Premier ministre turc Recep Tayyip Erdogan avait, dans un premier temps, refusé une enveloppe du Fonds qui pourrait «étrangler la Turquie» si elle était assortie de conditions trop draconiennes.
Mais il a reconnu jeudi dernier que la crise allait surtout frapper le pays au premier semestre de 2009. Depuis plusieurs semaines, les représentants de l’économie réelle et le patronat exhortent à partir d’Istanbul, cœur économique du pays, le gouvernement à s’engager de nouveau avec le FMI pour réduire l’impact de la crise mondiale. Le dernier accord stand-by avec le Fonds s’est achevé en mai. Il portait sur un prêt de 10 milliards de dollars sur trois ans. Un précédent accord qui s’étalait également sur trois ans [16 milliards de dollars] avait permis à la Turquie en 2001 de surmonter sa pire crise économique, provoquée par un secteur bancaire défaillant. Depuis, toute une série de réformes a permis cette fois aux banques turques de tenir le coup. Depuis mai, des négociations techniques se poursuivent entre Ankara et le FMI mais, de l’avis des spécialistes, la Turquie souhaite cette fois un «stand-by discrétionnaire» : l’octroi, en contrepartie d’engagements de rigueur moins sévères que pour un accord classique, d’une ligne de crédit sur laquelle Ankara pourrait tirer en cas de besoin, mais sans forcément s’endetter tout de suite. Cela équivaudrait à une enveloppe de 20 à 25 milliards de dollars qui serait une «bouffée d’oxygène» pour les marchés turcs, selon les experts. Le ministre turc de l’Economie Mehmet Simsek a refusé de confirmer jeudi dernier des informations de presse selon lesquelles son gouvernement demanderait jusqu’à 40 milliards de dollars au Fonds, soulignant qu’«il est encore trop tôt pour évoquer un chiffre». Mais, depuis octobre, la livre turque a perdu environ 40% face au dollar, suite à un rapatriement de capitaux occidentaux, et la Bourse d’Istanbul a reculé de plus de 60% depuis le début de l’année, descendant au niveau de 2004. La banque centrale a annoncé une baisse de 5,5% de la production industrielle pour le mois de septembre, le plus fort recul depuis 2002. Les pertes d’emplois depuis un mois se chiffrent en milliers, notamment dans le secteur du textile et de l’automobile. Selon les statistiques officielles, le chômage est autour de 9,8% de la population active, mais ces chiffres sont loin de refléter la réalité en raison du travail au noir. Le président de la Confédération des commerçants (Tesk), Bendevi Palandöken, a affirmé que ce taux était «proche aujourd’hui des 20%» et lancé un S0S pour les petites et moyennes entreprises (PME), rudement touchées. «Nous craignons qu’il n’y ait une explosion dans les entreprises qui ferment en raison de la crise d’ici la fin de l’année», a-t-il dit, dans un communiqué. Dans l’avion qui le menait hier matin en Inde pour une visite officielle, M. Erdogan a annoncé «un paquet» pour la semaine prochaine en faveur des PME, sans préciser de montant. «Mais nous ne disposons pas de baguette magique», a-t-il souligné. Dans l’attente des mesures, un collectif de 65 000 magasins a décidé d’organiser à partir de ce week-end des soldes à Istanbul, mégalopole de plus de 12 millions d’habitants pour inciter les ménages paniqués par les signes de récession à consommer de nouveau.
AFP





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