Horaires de prières (Samedi 31 mai 2008)
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Pharmacies de garde
Décadences
Par Kamel Amghar
Le mot mouvement, sous toutes ses acceptions, renvoie fondamentalement à la liberté. Cette même liberté qui est à l’origine de toute création. Tout homme qui n’a pas la latitude de bouger et de se mouvoir est théoriquement emprisonné, puni. Les directives européennes en matière de gestion des flux migratoires et de déplacements humains constituent, quelque part, une punition arbitraire à l’endroit des millions de gens à travers le monde. Cette émigration, hermétiquement sélective, si chère aux leaders politiques du Vieux Continent, est perçue par de nombreux spécialistes comme une décadence intellectuelle incontestable et un recul civilisationnel patent. La peur de l’autre, le souci de l’assimilation –appelée pudiquement intégration- et la sauvegarde d’une supposée homogénéité culturelle sont autant d’arguments brandis en contradiction avec les valeurs fondatrices de l’ensemble européen comme les droits de l’Homme, le respect de la diversité, la tolérance ou encore la démocratie. L’arsenal judiciaire, récemment adopté par le Parlement européen, concernant le «retour forcé» des immigrants clandestins dans leur pays d’origine, a justement suscité la colère de tous les humanistes qui croient encore au brassage et à la complémentarité des civilisations et des cultures. Même la gauche européenne, traditionnellement favorable à l’ouverture, se referme de plus en plus et rallie doucement les positions qui étaient jadis celles de l’extrême droite. La coercition des mesures votées à l’occasion a fait dire au porte-parole des Verts qu’il s’agit là d’«une loi qui tombait bien en dessous des normes acceptables de la civilisation». Amnesty International a aussi violemment critiqué le nouveau texte qui prévoit des périodes de rétention allant jusqu’à 18 mois et le renvoi des immigrants dans les pays de transit. Le rapporteur spécial des Nations unies sur les formes contemporaines de racisme, Doudou Diène, estime, quant à lui, que cette loi cache «un discours extrêmement xénophobe et viole tous les droits civils». Elle serait, toujours selon le même responsable onusien, «le résultat de la crise identitaire que traversent les partis politique européens et qui les pousse à tenir un discours raciste qui criminalise la diversité extra-européenne». Les observateurs s’attendent même à un tour de vis supplémentaire avec la présidence française, considérée comme l’une des plus hostiles à la libre circulation des personnes. La directive de la mi-juin dernier est, à ce propos, considérée comme un premier pas vers «le pacte européen pour l’immigration» proposé par Nicolas Sarkozy, et qui sera au centre du conseil de l’UE au mois d’octobre prochain à Bruxelles. Cette volonté à ériger une «forteresse Europe» condamne, selon de nombreux experts, l’Union pour la Méditerranée naissante. Le succès de l’UPM dépend de la place qui sera accordée «aux quatre libertés de mouvement : marchandises, services, capitaux et personnes», insiste le chercheur allemand Andreas Marchetti. Le diplomate italien Guido Lenzi estime aussi que l’UPM doit répondre en priorité à la question du tourisme et des flux migratoires pour garantir au préalable ses chances de réussite. Un point de vue également partagé par l’ambassadeur de Grande-Bretagne à Alger. «Le faible taux d’attribution de visas dresse un obstacle au développement des échanges commerciaux et des contacts entre les hommes d’affaires», a souligné M. Andrew Henderson au cours d’une visite de travail dans la wilaya de Annaba. Sans garantir cette liberté de mouvement, les deux rives se regarderont éternellement en chiens de faïence. Les élites européennes finiront un jour par comprendre qu’elles ont beaucoup à gagner en abandonnant ce projet fou qui consiste à se construire de coûteuses murailles de séparation. Car, sans mouvement, rien ne se crée et rien ne peut se faire.
K. A.










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