Obsession
Par Noureddine Khelassi
Vieille antienne pour vulgate diplomatique marocaine éculée. Chaque fois qu’ils abordent la question du Sahara occidental, les responsables politiques marocains revisitent Pavlov. Toujours, avec le risque de donner le sentiment de puiser dans le catalogue des vieilles lunes politiques. Et, de montrer en même temps que le sempiternel délire de persécution remplace, toujours facilement, l’argumentaire le plus crédible. Abbes El Fassi, l’actuel Premier ministre marocain, issu des rangs de l’opposition ultranationaliste, n’échappe pas à la règle. Dans une récente interview au quotidien saoudien El Hayat, édité à Londres, le leader de l’Istiqlal use jusqu’à la corde le catalogue des ficelles défraîchies. Entonnée comme l’hymne national marocain, l’explication de l’absence de tout compromis dynamique et de toute solution juste au conflit du Sahara occidental est alors la même.
Toujours la même. Une litanie. Répétée, selon le principe du matraquage systématique cher à Goebbels, elle est censée donner droit aux prétentions marocaines avant même une solution équitable, avalisée par la communauté internationale : c’est ce prétendu hégémonisme «prussien» de l’Algérie qui favoriserait, bien sûr, personne n’en doute, l’enlisement du dossier ! Rien moins que ça ! L’Algérie est pour Abbes El Fassi une «grande puissance pétrolière et gazière» dont les dirigeants successifs auraient pour livre de chevet le très proustien «A la recherche du temps perdu».
Ce temps égaré, évidemment jamais retrouvé, serait celui d’une nation algérienne belliqueuse qui aurait des velléités d’expansion du fait d’avoir été «sempiternellement colonisée». Après Pavlov et Proust, Abbes El Fassi appelle Freud à la rescousse : «L’Algérie a voulu récupérer le temps perdu du fait d’avoir été colonisée en permanence […] Le peuple algérien est héroïque mais, hélas ! il a été colonisé du temps des Phéniciens, des Romains et des Ottomans.» Ainsi, l’explication de la supposée quête hégémonique algérienne dans la région serait tout simplement psychanalytique. En quelque sorte, le moi politique, le surmoi diplomatique et l’inconscient stratégique algériens remplaceraient ce qui fait défaut dans la stratégie de défense marocaine, des arguments objectifs imparables. Le reste est à l’avenant et est archi-connu. Le Front Polisario, la RASD et sa reconnaissance toujours valable par une majorité de pays africains, des chimères ! Pis, une invention algérienne. Les réfugiés sahraouis à Tindouf ? Des séquestrés perpétuellement torturés dans un stalag qui aurait aujourd’hui les aspects d’un Guantanamo maghrébin. Et, lorsque le delirium devient hallucinogène, le chef du gouvernement marocain chausse les sabots du roi Ubu pour dire que le Front Polisario «n’a jamais tiré une seule cartouche» au Sahara occidental ! Comme si le mur de sable de 2 200 km avait été érigé par le roi Hassan II pour sanctuariser un vaste territoire de chasse de gazelles et d’outardes… Comme si les colonnes armées Ouhoud et Zellagua étaient de sympathiques convois de chasseurs à courre… Comme si, enfin, Mahbes, Tan Tan, Oum Dreiga, Guelta Zemmour et Tifariti étaient des stations thermales bucoliques… Last but not least, le plan d’autonomie proposé par le Maroc est présenté comme étant «scellé et non négociable», selon une célèbre formule d’entêtement expérimentée ailleurs. En dépit de toutes les peines éprouvées à trouver la voie de la légalité et de l’adoption internationale, ce projet est, sans rire, une «solution de ni vainqueur ni vaincu», en somme, «la paix des braves» du général de Gaulle relookée et cousue de fils blancs marocains. Finalement, Abbes El Fassi ne fait que renouveler avec la foi du charbonnier l’éternelle proposition marocaine du perdant-perdant. Par opposition, la solution gagnant-gagnant est, elle, connue depuis toujours : c’est celle du référendum d’autodétermination libre du peuple sahraoui, sous l’égide de l’ONU. C’est l’option du droit et de la légalité internationale. C’est le choix du bon sens. C’est la position fidèle de l’Algérie.
N. K.
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