Djeha et la crise financière
Par Noureddine Khelassi
C’est l’histoire bien connue de Djeha à qui on annonce la manifestation d’un incendie. Il demande si le feu s’est d’abord déclaré dans son village. A la réponse oui, il s’enquiert s’il a touché sa maison. Et lorsqu’il s’est avéré que le sinistre a affecté son domicile, il a eu cette réplique célébrée désormais comme l’axiome de l’individualisme à l’algérienne : «Akhtou rassi». Cet aphorisme, qui veut que sa propre tête soit avant tout épargnée, traduit bien aujourd’hui les réactions en Afrique où l’on semble affectionner la position de l’autruche face à la crise financière mondiale. L’Algérie n’échappe pas à cette règle stipulant que l’on ne soit pas concerné par la crise du fait que les banques n’ont pas d’actifs «toxiques». Autre argument, la faible intégration dans l’économie mondialisée de l’économie algérienne qui est essentiellement mono-exportatrice. Ce
qui était hier encore un handicap, serait-il désormais une arme pour résister longtemps à la crise financière ? Faut-il dire aussi que, paradoxalement, grâce au sous-développement, nous sommes immunisés ? Rien
n’est moins sûr en ces temps de peur et d’incertitude. Le gouverneur de la Banque d’Algérie, dont l’optimisme est en acier inoxydable, a, lui, assuré à ses compatriotes que le pire n’arrive qu’aux autres. Que notre pays est à l’abri d’une crise de grande amplitude grâce à la prudence de Sioux ayant caractérisé la gestion de ses ressources en devises. Certes, l’Algérie les a judicieusement placées dans des valeurs non polluées. Elle s’est engagée depuis quelques années dans une dynamique de désendettement salutaire. Elle a récemment recentré son économie en utilisant la fiscalité comme arme de prévention et de dissuasion patriotique. Elle a pris aussi quelques mesures prudentielles qui fleurent bon le souverainisme, la régulation, voire le dirigisme sélectif appliqué aux banques étrangères devant désormais réserver une partie de leur portefeuille au financement
réel de l’investissement et non plus à l’accompagnement du commerce extérieur ou à la promotion des crédits à la consommation. Certes, tout cela est de bon aloi mais demeure insuffisant.
Quel plan de riposte global et cohérent a-t-on alors adopté pour faire face à deux risques majeurs liés au marché pétrolier et au dollar ? Il est évident à ce sujet que, si une récession survenait sur les marchés développés, notamment aux Etats-Unis et en Europe, cela pourrait entraîner une baisse de la demande, donc de la production. Conséquence : la demande en matières premières, notamment en pétrole et gaz, reculera. Cette crise conduirait aussi à la chute du dollar, monnaie de référence. Pour l’instant, rien n’indique que les capacités de réflexion nationale aient été mobilisées. Cette absence de réflexion globale sur nos moyens d’anticipation et de prévention se fait d’autant plus sentir que le pays ne dispose pas d’instruments de Think Tank en nombre et suffisamment élaborés.
Pas plus qu’il ne possède d’outils comme les instituts d’études de conjoncture économique et de statistiques fiables alors que le potentiel d’expertise et d’ingénierie financière privé est encore embryonnaire. Il faut d’autant plus le déplorer que les partis politiques ne sont pas plus et mieux outillés en la matière. En même temps, on enregistre avec regret le fait que le CNES, censé être la boîte à idées économiques et financières du gouvernement, fonctionne plus comme un outil pédagogique que comme une machine phosphorescente. «C’est ça le tissu», dit l’adage populaire algérien.
N. K.





Commentaires (0 envoyés):
Réagissez et insérer votre commentaire