Aux origines du crime
Par Abdou B.
L’été 2008 aura été particulièrement meurtrier pour les Algériens, quelle que soit leur condition sociale, quels que soient leur âge et leur inclinaison politique, idéologique ou religieuse. Et c’est à juste raison que les citoyens démunis redoutent l’arrivée du Ramadhan à cause du terrorisme et du coût des produits alimentaires qui connaîtront des hausses comme cela a toujours été le cas durant tous les mois du jeûne depuis des décennies.
Les groupes armés s’adaptent à chaque situation, à des échéances électorales, à l’évolution de la rapidité des médias étrangers qui informent les opinions mondiales sur chaque attentat, bien souvent avant les moyens d’information étatiques qui ne savent pas quoi dire et comment avant les autres concurrents. Ces derniers travaillent, de manière collatérale, les millions de parabolés nationaux, tout en enrichissant le débat sur l’islamisme dans leur pays par des experts autonomes par rapport à tous les discours officiels arabes, européens ou américains. De fait, les populations d’Europe sont mieux informées et plus éclairées par des points de vue divergents sur le terrorisme. Ce qui les rend plus vigilantes en intégrant un phénomène qui peut les frapper à tout moment. Elles sont donc plus rapidement mobilisables et solidaires, au-delà des colorations partisanes. Ces populations, contrairement à l’Algérie, constituent un front et un consensus nationaux qui deviennent actifs, de mille et une manières à chaque fois que la situation l’exige.
A côté et en dehors des pouvoirs publics, des forces de l’ordre et éventuellement des forces armées. Une des origines du crime est à l’évidence l’absence de consensus et d’un front patriotique nationaux sans aucune faille politique. La nébuleuse terroriste, que ce soit Al Qaïda ou une quelconque désignation vraie ou mystificatrice, est composée de segments qui mènent une guerre selon leurs règles, leur tempo et selon des moyens que ne sauraient réduire des jugements de valeur, des imprécations morales du genre «barbarie», «ces lâchetés», «victimes innocentes» (comme s’il y avait des victimes coupables qui méritent d’être explosées) etc. l’intégrisme armé est absous en amont par des courants infiltrés, légaux qui, eux, font dans le soft et dans la durée.
Ces courants, à l’école, vis-à-vis des femmes invisibles dans l’espace public et de moins en moins présentes dans les pratiques sportives (voir les JO de Pékin), dans l’établissement de règles vestimentaires, vis-à-vis de l’alcool et des touristes, y compris nationaux, par la mise en valeur de barbes afghanes (à la mode Ben Laden) préparent le terrain déjà labouré par des conditions sociales, le chômage, les phénomènes des harraga, de la drogue, de la frustration sexuelle et toutes les fermetures médiatiques, politiques… La problématique du statut réel de la femme dans la société est aussi une des origines de la montée de l’intégrisme dans le pays. Comment rendre visibles les femmes pour qu’elles soient en mesure, elles aussi, de participer à un éventuel front antiterrorisme ? En multipliant les crèches (publiques/privées) au prorata des femmes qui travaillent, en construisant ces espaces là où se montent des logements (privés/publics). Devant la montée des périls et devant la persistance réelle des actions terroristes, les explications «techniques», les ripostes armées de l’Etat sont nécessaires mais insuffisantes. Les brèches les plus béantes se situent sur le terrain politique qui, tel qu’il est, empêche une vraie mobilisation républicaine et démocratique. Ce sont là parmi d’autres les origines du crime, en termes civilisationnels et non pas religieux ou moraux. Et ce ne sont les appels hyper médiatisés d’ex-terroristes honnis par leurs «pairs» et par tous ceux qui ont été touchés directement ou non par les crimes des GIA et autres labels hirsutes qui seront entendus.
A. B.





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