Les échos
Par Hassan Gherab
L’Algérie célèbre aujourd’hui le double anniversaire du 20 Août 1955 (insurrection du Constantinois menée par Zighoud Youcef) et du 20 Août 1956 (congrès de la Soummam). L’importance de l’événement historique est inversement proportionnelle au désintérêt qu’il suscite chez la jeunesse algérienne qui constitue la majorité de la population. Nombre de jeunes ne savent même pas à quoi se rapportent les deux dates. Zighoud Youcef et Abane Ramdane, les deux principaux artisans, respectivement, du 20 août 1955 et de la Charte de la Soummam, ne sont que des noms de rues. Les jeunes ont tourné le dos à l’histoire quand ils ont compris que son écriture et sa présentation étaient l’œuvre de politiques, avec leurs calculs politiciens, et non celle d’historiens, avec une approche dénuée de tout parti pris. Certes, ils n’aiment pas l’histoire de leur pays, ils sont critiques envers lui et ils s’en détournent pour le fuir même. Mais leur ressentiment ne va pas jusqu’à haïr le pays comme ses habitants et penser à le mettre à feu et à sang.
Seul un ennemi sanguinaire sans foi ni loi, n’ayant ni patrie, ni religion, ni idéal peut nourrir un tel dessein contre un peuple. Et les terroristes qui ensanglantent le pays sont pires que les plus inhumains ennemis, non de l’Algérie et des Algériens seulement, mais de tout ce qui différencie l’homme de l’animal qui tue par nécessité : la raison. Car le moindre trait de raison ne peut tolérer un attentat suicidaire qui entraînerait la mort de dizaines d’innocents. L’attentat terroriste qui a ciblé, hier, l’école de la Gendarmerie nationale des Issers et a fait 43 morts et 45 blessés parmi de jeunes candidats au concours de formation de cette école, est l’œuvre d’une créature qui n’a d’humain que le nom et l’image. Ses paroles et ses actes n’obéissent plus à la raison mais sont dictés par un discours prônant la haine et la mort pour tous, sauf pour ceux qui le distillent et l’instillent dans la tête des suicidaires.
Devant de tels actes et les horreurs qu’ils produisent, la raison fléchit et il est difficile de trouver les mots qu’il faut pour condamner ou compatir. Mais il faut cependant le faire pour que le silence ne devienne pas complice de ces actes.
C’est ce qu’a fait le ministre de l’Intérieur, Noureddine Yazid Zerhouni, en se déplaçant hier sur les lieux de l’attentat, en assurant les familles dont les habitations ont été endommagées par l’explosion de «la prise en charge par l’Etat de toutes les victimes de cet acte terroriste» et en affirmant que «l’Etat combattra inlassablement les éléments terroristes jusqu’à leur élimination».
C’est ce qu’ont également fait quelque partis politiques, des capitales étrangères et des organisations internationales. Mais de nombreux autres partis, qui sont les premiers à quêter les voix des citoyens, qui ne se gênent pas de parler en leur nom alors qu’ils ne sont pas désignés pour le faire et qui les oublient dès qu’ils le sont, sont restés de marbre devant le drame des Issers. Idem pour les associations et toutes ces formations qui ne pensent au peuple que quand ils doivent l’utiliser. Ce silence est tout aussi douloureux et condamnable que les discours vides qui ont poussé tous les jeunes à tourner le dos à leur histoire et à leur pays.
H. G.





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