Les banques, cet éternel talon d’Achille
Par Ali Boukhlef
«J’entends parler de la réforme bancaire depuis 1999. Mais, sur le terrain, je ne vois rien du tout.» En prononçant cette phrase assassine, un jour de décembre 2006, du haut de la tribune du palais des Nations à Club des Pins, le président Abdelaziz Bouteflika avait déjà mis le doigt sur une bonne partie de l’immense plaie qui ronge l’économie algérienne.
Car, depuis le temps qu’on parle des réformes, notamment économiques, tout le monde, y compris ceux qui sont censés conduire aux destinées de l’économie nationale, reconnaissent le retard, sinon l’archaïsme, du système bancaire algérien. Certains n’hésitent d’ailleurs pas à qualifier ce système du «plus archaïque en Méditerranée». Si les qualificatifs sont parfois durs, le constat est le même : les banques algériennes, notamment publiques, sont loin de répondre aux standards internationaux en la matière. Et comme les institutions financières sont, à travers le monde, la colonne vertébrale de l’économie, c’est toute la pyramide
économique du pays qui en pâtit.
Le fait n’est pas nouveau. Cela fait des dizaines d’années que l’Algérie ne dispose pas d’un système bancaire capable d’accompagner des réformes économiques adéquates pour une constante amélioration du niveau de vie des citoyens. Mais les choses sont devenues de plus en plus insupportables depuis que le pays est censé être en transition vers l’économie de marché. Il serait illusoire, voire stupide, de croire qu’un développement économique est possible sans une banque performante. Et la performance ne vient certainement pas des discours. Mais des faits.
Ainsi, vingt ans après le début de la marche vers l’économie de marché –une marche apparemment très longue puisque le bout du tunnel est encore loin- rien, ou presque, n’a changé dans les banques algériennes, malgré les différentes lois mises en place.
En plus des lenteurs administratives qui dissuadent les plus téméraires de se rapprocher des institutions financières, il faut reconnaître que la criminalisation de certains délits liés au métier des banques n’incite pas les responsables de ces établissements à prendre l’initiative. Mais ce n’est pas le seul frein. Puisque à voir le comportement quotidien de certains agents et responsables des banques publiques, il est difficile d’imaginer un avenir très radieux. Est-il normal qu’en 2008 une banque n’arrive pas à délivrer un carnet de chèques en 8 mois ? Ce n’est qu’un petit exemple parmi tant d’autres qui montrent chaque jour que la réforme bancaire est pour le moment un vain mot. Il serait inutile dans ce cas précis de ressasser les problèmes que rencontrent les
investisseurs.
Des contraintes qui peuvent être perçues comme des montagnes insurmontables devant la rapidité des banques étrangères. Mais comme toute transformation demande des efforts et du temps, la mutation du système bancaire algérien peut sortir des ténèbres. A condition qu’une vraie volonté politique s’exprime. Et surtout sur le terrain.
A. B.





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