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Ce n’est pas la fin du monde

Par Ali Boukhlef

L’Affaire désormais connue sous le vocable de «scandale Sonatrach» a bouleversé à jamais l’opinion publique nationale. Plus que cela,
ce scandale, dont les ramifications ont largement dépassé les frontières de l’Algérie, marquera à coup sûr cette entreprise, qui compte parmi les plus grandes majors dans le domaine des hydrocarbures au monde. Normal, puisque Sonatrach n’est pas une simple entreprise. Elle est la mamelle de tout un pays, l’Algérie. Mais en même temps, la Société nationale des hydrocarbures est une société. Elle a des cadres à tous les niveaux de responsabilité. Elle emploie près de 120 000 personnes. Si le chiffre est énorme, il exprime, néanmoins, une autre évidence : à l’intérieur de Sonatrach, comme dans toute autre entreprise de cette envergure, il y a du bon et du mauvais. Il y a bien sûr des corrompus, mais aussi et surtout, des gens honnêtes. Ces derniers sont, heureusement, et de loin, plus nombreux.Seulement, la mise sous contrôle judiciaire de son président-directeur général, Mohamed Meziane, et l’incarcération de plusieurs autres hauts dirigeants de la boîte, tout comme la persistance de la suspicion sur d’autres responsables, a donné du fil
à retordre à plusieurs médias. Cela a surtout permis à d’autres compagnies concurrentes de lancer l’offensive en tentant, notamment, de salir Sonatrach. C’est, à la limite, de bonne guerre. Cela pour plusieurs raisons. Il s’agit essentiellement de la concurrence. Puisque, ces concurrents pourront postuler  à des marchés de Sonatrach avec moins de difficultés. Pire, et dans certains cas, la compagnie nationale pourra même négocier en position de faiblesse. C’est dans cette optique que l’on cherche à noircir le tableau. Loin de verser dans un patriotisme béat, parce qu’il faut reconnaître que le coup est sérieusement dur, il faut rappeler quelques évidences. La première est que la majeure partie des grandes compagnies pétrolières sont régulièrement touchées par des scandales, parfois beaucoup plus graves que ce qui touche actuellement la compagnie publique algérienne. Il n’y a pas longtemps, en effet, le mastodonte français Total a été accusé d’avoir opéré dans des conditions douteuses en Birmanie, un pays géré par une dictature impitoyable. Plus loin encore, ce sont les grandes majors britanniques, mais surtout américaines, qui ont versé dans le tristement célèbre programme «pétrole contre nourriture» appliqué en Irak, après la deuxième guerre de Golfe en 1991. Ce scandale implique non seulement les dirigeants de ces sociétés, mais également des hommes politiques issus de plusieurs pays «démocratiques» et des institutions internationales. Il est vrai que les circonstances poussent parfois des affaires sur le devant de la scène, plus que d’habitude. Ainsi, cette «affaire» Sonatrach est venue, probablement, à un mauvais moment. Cela se passe, par exemple, à une période où il y a un flottement des prix du pétrole et que la Sonatrach est en conflit avec deux géants espagnols. Mais cela ne doit en aucun cas dédouaner les auteurs de détournements de leurs forfaits. Cela ne veut pas, non plus, dire que tout est beau à Sonatrach. Loin s’en faut. La justice doit encore creuser pour démasquer ceux qui ont sali cette société. Parce que si les étrangers tentent de porter atteinte à l’entreprise, c’est parce que des Algériens -à l’intérieur du groupe pétrolier essentiellement- ont fait un sale boulot. Malgré cela, Sonatrach continuera à fonctionner. Et c’est cela l’essentiel. 

A. B.

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