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Normalisation

Par Noureddine Khelassi

«Quand la mémoire donne sa chance à l’imagination, la réflexion exorcise les ombres et la rencontre, alors, peut devenir un rendez-vous de l’Histoire.» On le sait, chez Houari Boumediene, la politique était vision et la volonté, acte fondateur. Dans le propos boumédiéniste, mémoire, imagination, rencontre et Histoire peuvent être aujourd’hui des mots clés d’une refondation des relations algéro-françaises. En 1967, alors que les plaies de la colonisation étaient vives, le grand Timonier de l’Algérie révolutionnaire, invité par le général de Gaulle pour une visite de travail à Paris, avait décliné l’offre car il exigeait une visite d’Etat, avec cortège sur les Champs-Elysées et dépôt de gerbe de fleurs à l’Arc de triomphe. Les symboles avaient du poids. Mais le moine-soldat avait, selon sa propre formule, rappelée récemment par le journaliste Paul Balta, de «l’admiration pour de Gaulle, ce visionnaire, rénovateur de la politique arabe de la France». A la mort du général, en 1970, Boumediene le pragmatiste portait un regard bienveillant sur la conception que le guide de la France libre avait des relations franco-algériennes. Dans son message de condoléances, il «s’inclinait devant le patriote exceptionnel qui a su concevoir dans une vision noble et généreuse […] l’avenir des peuples algérien et français». C’est, aujourd’hui, de cette «vision noble et généreuse» qu’il s’agit alors même que son ancien ministre des Affaires étrangères et présentement président de l’Algérie plaidait dès juillet 1999 pour «construire ensemble des relations spécifiques privilégiées». L’exhortation bouteflikienne était évidemment assortie de «la nécessité des examens de conscience» lorsqu’il est question du poids de la mémoire et sans qu’il s’agisse pour autant de «refaire l’Histoire». Si, hier, l’Algérie représentait pour le général de Gaulle «la porte étroite du tiers-monde», l’Algérie de maintenant, puissance énergétique, est un pays pivot en Méditerranée. Maurice Schumann, européen de conviction, disait que «l’Algérie est le partenaire le plus naturel et à tant d’égards le plus proche» de la France. C’est que la géographie, l’histoire et l’économie ont en décidé et décideront ainsi. A l’image du couple franco-allemand, l’Algérie et la France, condamnées à éviter la guerre des mémoires, seront dans l’obligation historique de passer de la mémoire de la guerre au partenariat. Qu’importe alors les adjectifs : privilégié, renforcé ou exceptionnel. A l’image du couple franco-allemand, Algériens et Français seraient amenés à construire un possible modèle de réconciliation. Pour ce faire, le lancement d’un mécanisme permanent de négociation bilatéral s’imposera. Il sera d’autant plus nécessaire qu’il se retrouvera intimement lié à un processus de construction régional comme la future union pour la Méditerranée. Allemands et Français, naguère ennemis séculaires, ont donné l’exemple de la construction d’un commun possible : ils ont scellé la réconciliation, créé une véritable amitié et favorisé ainsi la construction européenne. De manière pratique, le moteur franco-allemand de l’Europe avait pour combustibles un calendrier de rencontres bilatérales destinées à susciter un réflexe de coopération et des structures de concertation. Pour autant, il ne s’agirait pas de procéder à une opération de solde de tout compte historique, à moindres frais pour l’ancienne puissance coloniale. La réconciliation franco-algérienne ne signifie pas amnésie. La page de l’histoire entre l’Algérie et la France sera, nécessairement, inéluctablement, tournée. Peut-être ne sera-t-elle  jamais déchirée, comme l’avait affirmé Houari Boumediene en réponse à Valéry Giscard d’Estaing qui s’est présenté à lui, en 1975, comme le représentant condescendant de «la France historique qui salue (alors) l’Algérie indépendante». Depuis, de l’eau a coulé en Méditerranée. Les relations franco-algériennes, ombrageuses, parfois tumultueuses, et le dépit amoureux du couple algéro-français céderont progressivement la place à une distanciation, voire à une constructive indifférence. Celle-là même qu’appelait de ses vœux un certain Michel Jobert.     

 N. K.      

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