Pour la renaissance de la culture
Par Abdelkrim Ghezali
Il est rare de voir un chef de gouvernement accorder autant d’importance à la culture et aux femmes et hommes de la culture. A ce propos, quel est le Premier ministre qui a daigné mettre les pieds dans ce haut lieu de la culture qu’est le TNA pour rendre hommage aux artistes ? Enfin, quel est le chef de gouvernement qui a osé rendre hommage à Matoub Lounes sans se soucier des qu’en-dira-t-on ? Le geste de Ouyahia est, au-delà de la symbolique, un acte majeur dans un contexte où la culture et ses acteurs ont été marginalisés pendant de longues années, ce qui a généré une crise culturelle profonde. Se rendre dans l’antre de la culture, dans l’hémicycle des bardes et des aèdes, dans l’Olympe de la création et de la créativité, rencontrer les artisans du verbe, de l’esthétique, des formes, des expressions multiples de l’art… est en soi une reconnaissance de ces médiums entre le beau et le profane, entre l’atavique et la sublimation.
Cependant, ce temple de l’art qu’est l’Opéra d’Alger devenu TNA est malheureusement l’unique haut lieu dédié à l’Art dans la capitale. Depuis l’indépendance, aucun projet grandiose n’est à l’ordre du jour pour doter Alger et les grandes villes du pays de citadelles culturelles dignes des ambitions de l’Algérie. C’est là
justement le meilleur hommage à rendre aux artistes morts et vivants. C’est là justement la meilleure des émulations pour ces créateurs qui ont tant besoin de ces espaces de communion entre eux et avec les citoyens dont ils s’inspirent et pour qui ils s’expriment. La spontanéité et l’inné dans la créativité ont leur mérite et leur part dans l’expression artistique. Cependant, les formes d’expression artistique, notamment la musique, le théâtre, le cinéma, le télécinéma et tous les arts du spectacle ont subi les effets du développement technologique et les nouvelles méthodes du marketing qui imposent une concurrence féroce.
La mondialisation a transformé, qu’on le veuille ou non, la culture et tous ses produits y compris la littérature, en un produit commercial. Ce qui explique l’invasion du marché algérien par différentes cultures dont le contenu n’est pas forcément meilleur que celui du produit algérien, mais la séduction est dans la forme.
L’art algérien dans toutes ses formes d’expression dispose d’un socle authentique, mais il est souvent victime de l’urgence, de l’imitation, de l’excès de zèle qui en travestissent l’essence et la portée. La production artistique viable est comme une grossesse nécessitant du temps et de la patience. Elle ne peut obéir à des injonctions ni à des délais, encore moins à des occasions.
A. G.
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