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Kebir et mea culpa

Par Noureddine Khelassi

On sait depuis le «contrat de Rome» que Rabah Kebir est un réconciliateur globalement
conséquent. L’adverbe de manière est ici de rigueur car l’ancien dirigeant islamiste avait reconnu en 1996 la légitimité électorale de M. Liamine Zeroual mais ne fera pas autant en 1999 avec son successeur, le président Abdelaziz Bouteflika. Il lui avait alors préféré le Dr Ahmed Taleb Ibrahimi que l’ex-FIS voyait en 1991 comme Premier ministre dans un hypothétique gouvernement de cohabitation à l’algérienne. Comme s’il n’était plus habité par le doute, il appellera plus tard à voter, en 2004 précisément, pour le président Abdelaziz Bouteflika. La suite montrera une plus grande constance dans le discours et les positions. Le réconciliateur deviendra conciliateur. En 2005, il soutient de façon ferme et précise la Charte pour la paix et la réconciliation nationale, faisant montre à l’occasion d’un étonnant réalisme et d’une lucidité politique inédite. Il dira notamment que «les islamistes doivent être capables d’être les premiers à dire oui à la paix». Dans son esprit, les choses étaient désormais claires : «La paix civile et la réconciliation nationale sont une priorité.» La suite est à l’avenant. Il rentre au pays et développe un discours dont la réconciliation nationale est le leitmotiv et le fil rouge. L’ancien président de l’IEFE, l’Instance exécutive du FIS à l’étranger, condamnera avec persistance la violence armée et appellera les terroristes à déposer les armes. Rabah Kebir, qui est le seul dirigeant historique du FIS dissous à adopter cette démarche de rupture politique, ne fera pas cependant sa rupture épistémologique dans la mesure où il n’avait jamais reconnu explicitement la responsabilité du Front islamique de salut dans la crise algérienne. Et quand il lui arrivait de l’évoquer, c’était alors avec moult contorsions linguistiques dont la langue de bois islamiste a le secret. C’était toujours dans le style «le FIS serait responsable mais pas coupable». Mais trêve d’arguties, le discours sur la responsabilité de ses compagnons de route est désormais clair et précis : la «responsabilité des événements qui se sont déroulés durant la décennie rouge incombe à tous, y compris aux dirigeants du Front islamique». Cet aveu télévisé, qui vaut mea culpa pour lui et pour ses anciens pairs est extra-lucide. Il l’est d’autant plus que Kebir est le seul ancien responsable du FIS à tenir de tels propos. Il faut le reconnaître même si ses paroles pouvaient être perçues comme la profession de foi de quelqu’un qui défoncerait une porte largement ouverte. D’aucuns, excipant de la démonétisation politique de Rabah Kebir, feraient la fine bouche. En ces temps de violence terroriste nihiliste, labellisée Al Qaïda, ce serait, au contraire, bon à prendre. Et l’ancien dirigeant du FIS aurait même quelque mérite à avoir le bon goût de faire toujours œuvre de pédagogie. Surtout lorsqu’il s’agira de situer les responsabilités des uns et des autres pour mieux faire avancer l’œuvre de réconciliation nationale. 

N. K.

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