L’Algérie et ses jeunes : une histoire d’amour incompris
Par Hassan Gherab
Les tribunes du stade Tchaker de Blida couvertes par les drapeaux de l’Algérie déployés par les supporters de l’équipe nationale de football, lors de son
match contre l’Egypte pour le compte des éliminatoires jumelées CAN-Mondial 2010, sont certainement l’image la plus expressive d’une jeunesse prête à donner tout son amour pour son pays -représenté par l’EN-, pour peu qu’il le mérite, en étant fort face à l’adversité, face aux défis. Ces jeunes ont réagi comme ils le font pour l’équipe de leur ville jouant contre celle d’une autre ville, de leur quartier contre celle du quartier voisin, de leur immeuble contre l’immeuble d’en face… Une réaction somme toute humaine qui est illustrée par un proverbe populaire bien de chez nous : «Notre mule est meilleure que votre cheval.» C’est l’instinct d’appartenance à un groupe, à une entité, à un peuple et la soif de puissance, qui peut être satisfaite à travers ses exploits, on s’y identifie et on se réalise à travers eux. Ils deviennent les symboles de la réussite de notre pays, de notre réussite. C’est ce qui fait qu’on aime son pays ou qu’on s’en détourne. On fête un pays quand il est fort et on le lapide quand il déçoit. C’est, là, où réside la force des symboles d’une nation, qui peuvent rassembler tout un peuple autour d’un même idéal. Or, ces symboles perdront tous leurs effets si le peuple voit le pays s’en éloigner, les oublier ou leur tourner le dos. Et l’idéal devient un simple slogan vidé de son essence et n’ayant plus que le discours politique pour le remplir de mots creux. Que représentent, aujourd’hui, les symboles qui figurent la gloire et la puissance de l’Algérie d’hier ? Que sont-ils devenus et comment sont-ils perçus par les jeunes générations ? Qu’a-t-on fait pour que nos jeunes s’y identifient -et au pays par conséquence- et en soient fiers ? Rien, si ce n’est les enfermer dans une histoire chargée d’idéaux de liberté, de justice, d’égalité, mais qui ne trouve aucun écho dans le présent ni impact sur l’avenir qu’on voit soumis à des impératifs économiques dictés par les dynamiques de mondialisation et de globalisation. Faut-il faire revivre à notre histoire et la faire reluire pour améliorer notre présent et construire notre devenir ? Ni le temps ni la conjoncture ne travaille pour ce retour. On ne peut plus demander aux jeunes qui regardent l’horizon d’en détacher leurs regards et leurs rêves pour revenir au passé afin qu’ils voient et comprennent qu’ils vivent dans un pays dont ils peuvent être fiers de son histoire. Il s’agira, donc, de leur offrir un présent qui chante sur une musique dont la composition a commencé le jour où d’autres Algériens ont pris les armes et se sont offert en martyrs pour libérer le pays d’un colonialisme dont le seul objectif était la négation et l’extinction totale de l’algérianité.En couplant fête de l’indépendance et fête de la jeunesse, on a fait un pas vers la réconciliation des jeunes de l’Algérie d’aujourd’hui avec leur histoire. Mais ce n’est que le premier pas. 132 ans d’occupation, des révoltes et des insurrections, et enfin huit ans de lutte armée pour accéder à la liberté ne peuvent se suffire d’une fête ou même de deux (1er Novembre, jour du déclenchement de la lutte armée). Ils devraient être magnifiés tout au long de l’année à travers de nombreuses manifestations culturelles, salons du livre, expositions, pièces de théâtre… Le 5 juillet ne devrait être que l’apothéose.
H. G.
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- Samedi 18 février 2012
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