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Une politique puérile

Par Abdelkrim Ghezali

Le Parti islamiste marocain justice et développement (PJD, opposition parlementaire) a jugé «urgente» la réouverture de la frontière algéro-marocaine, fermée depuis 1994, et appelé à un «dialogue sérieux» entre les deux pays. «L’ouverture de la frontière terrestre entre les deux pays frères est urgente et sert les intérêts des deux peuples», a affirmé le PJD dans un communiqué diffusé hier à Rabat et cité par l’AFP. «Nous appelons à un dialogue sérieux qui conduise à aplanir cette situation anormale et à faire progresser les relations bilatérales au profit de toute la région du Maghreb», a-t-il ajouté. Le PJD a également appelé l’Algérie à «faire preuve de réalisme et d’objectivité» dans le traitement des propositions de règlement du conflit du Sahara occidental. Le parti a souligné son appui à la proposition marocaine d’une large autonomie pour ce territoire, sous la souveraineté de Rabat. Cette proposition a été rejetée par le Front Polisario qui réclame un référendum d’autodétermination permettant aux Sahraouis de choisir entre le rattachement au Maroc, l’autonomie et l’indépendance. Le ministre marocain des Affaires étrangères Taïeb Fassi-Fihri avait réitéré le 5 mai son appel à «la réouverture de la frontière terrestre entre les deux pays et à la reprise de la coopération bilatérale [avec l’Algérie] dans ses différents volets». Décidément, toutes les tendances politiques marocaines font bloc pour demander à l’Algérie l’ouverture de ses frontières terrestres et à «soutenir» l’expansionnisme marocain au-delà de ses frontières reconnues. Il s’agit bel et bien d’une offensive bien orchestrée visant à forcer la main à l’Algérie au moment où le Maroc connaît de sérieux problèmes économiques et énergétiques dans un contexte de crise financière et alimentaire mondiale.  Au fait, les frontières entre les pays maghrébins n’auraient jamais dû exister. Puisque le colonialisme français les a établies, elles n’auraient jamais dû être fermées et aucune raison ne peut justifier la fermeture des espaces virtuels qui séparent une même nation. Si les Etats et les faits nationaux sont le fait d’une histoire tumultueuse qui remonte à l’époque romaine, les différents occupants n’ont jamais réussi à fractionner l’âme maghrébine.
A propos de ces frontières de la discorde, la question qui s’impose est de savoir pourquoi le Maroc a décidé de les fermer en 1994 et de geler son activité au sein de l’UMA, reportant ainsi les échéances d’un projet stratégique pour en demander aujourd’hui la réouverture motivée en cela par des considérations tactiques et d’échanges commerciaux circonscrits entre les régions frontalières dont la partie marocaine a, certes, grandement besoin, mais ne relèvent nullement d’une stratégie régionale globale, comme y aspirait le projet maghrébin. L’Algérie ne s’oppose pas à l’ouverture des frontières avec le Maroc, elle propose encore mieux que ça : l’ouverture dans les plus brefs délais du dialogue entre les deux pays pour aplanir tous les différends, identifier les intérêts bilatéraux et réactiver le projet de l’UMA. Le Maroc, en revanche, propose que l’Algérie décide d’ouvrir ses frontières comme l’a fait le Maroc de façon unilatérale, et laisser les dossiers litigieux en suspens ad eternam. L’Algérie refuse cette logique et cette politique de fuite en avant. Car le gel de l’UMA est lié à une question principielle pour l’Algérie : le droit du peuple sahraoui à l’autodétermination. Si les Sahraouis sont marocains, de quoi le Maroc a-t-il peur ? Cependant, demander à l’Algérie de renier ses principes n’est pas
digne d’un Etat ni des règles régissant les relations internationales. 

A. G.

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