Les différentes générations de l’indépendance
Du monopole du patriotisme
Par Ali Boukhlef
Quarante-six ans après l’indépendance, des débats aussi anachroniques que stériles continuent d’animer la scène politique nationale.
Alors que le pays a atteint, en principe, l’âge de la maturité, une bonne frange de la société continue à croire que le sentiment patriotique est uniquement son apanage. Cette frange s’appelle «la famille révolutionnaire».
Mais avant de se lancer dans un tel débat, il faudrait, en premier lieu, définir ce qu’est la famille révolutionnaire.
Il s’agit d’un concept créé par une partie de la classe «politique» issue des cadres de la révolution, ou se présentant comme tels, parce que beaucoup se sont donné une qualité qu’ils n’avaient pas.
Des organisations ont donc été créées, à l’image de l’Organisation nationale des moudjahidine (ONM) et des Associations des enfants de chouhada et des enfants de moudjahidine, et même, ironie de l’histoire, des petits-fils et, pourquoi pas, arrière-petits-fils de chouhada… Et ce sont les membres de ces groupes qui se définissent comme membres de la famille révolutionnaire, alors que des figures importantes du combat libérateur ont été exclues du débat et, parfois, occultées jusqu’à leur extinction.
Si le patriotisme est le fait d’aimer son pays sans ostentation, et de le servir sans chercher forcément à se servir, il a pris chez nous une autre connotation basée essentiellement sur le côté matériel.
C’est ainsi que plusieurs anciens cadres de la révolution ou se présentant comme tels prétendent détenir le monopole du patriotisme, oubliant de fait que l’écrasante majorité de la population est née après l’indépendance. Ce qui ne l’empêche donc pas d’aimer son pays. Mais sans exagération.
Plus grave que l’exploitation du sentiment patriotique à des fins parfois mercantilistes, certains acteurs tentent même de complexer une bonne partie de la population, faisant croire qu’ils sont seuls à aimer leur pays.
Mais derrière se cachent des intérêts parfois plus dangereux que le changement de nationalité qu’utilisent certains jeunes comme moyen d’accéder à une vie meilleure. Une vie qu’ils n’ont pas trouvée dans leur pays.
C’est justement là que le bât blesse. Parce que n’ayant pas trouvé de conditions de vie décente, plusieurs jeunes cherchent à aller vivre sous des cieux plus cléments, payant parfois le prix fort qui les conduit jusqu’à prendre une autre nationalité juste pour être dans des conditions plus légales vis-à-vis du pays d’accueil. Mais cela ne peut en aucun cas être assimilé à un manque de patriotisme. Et même si c’était le cas, la responsabilité incomberait avant aux plus anciens qui n’ont pas su, notamment à travers une école hyper politisée, transmettre les valeurs de la révolution aux plus jeunes d’entre leurs compatriotes. Au lieu de cela, certains ont préféré s’enrichir au nom de l’amour de la patrie. Heureusement que ce n’est qu’une minorité. Même si, parfois, des minorités peuvent être nuisibles.
A. B.
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