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Son rap répudie la dénonciation et prône l’initiative

Hani refuse la harga même pour un «live» au Zénith

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Par Hasna Yacoub

Peine perdue pour ce serre-tête qui tire sur les boucles folles des cheveux couleur de jais de Hani. Les mèches, rebelles comme Hani, refusent manifestement d’être enserrées, «bridées». D’un geste énergique, Hani serre de nouveau sur ses tifs, dégageant ainsi un regard pétillant, dévoilant de grands yeux aux couleurs de miel. Hani, sourire angélique illuminant un visage poupin, parle avec ses mots du rap, sa passion. Et ce n’est pas sans passion. Ce lycéen sera-t-il une future graine de star sur la place d’Alger ? En toust cas, lui, l’espère de tout cœur. Mieux que d’avoir le baccalauréat ? «Qui n’espère pas avoir son bac ? Bon, changeons de sujet», dit-il en tirant sur son pull d’un air plus timide que nerveux. Hani ne veut pas parler de ses études. Il souhaite en faire parallèlement à sa carrière artistique, même s’il ne sait pas encore quelle filière il choisira. Il refuse de parler «politique» parce que le sujet risque de mener à Serkadji. «Je suis jeune et je veux vivre pleinement mon âge, respirer le rap, me défouler et c’est tout», dit-il d’un air décontracté. Cet enfant de Didouche Mourad, quartier naguère chic, aujourd’hui clochardisé, parle en joignant souvent ce soupçon de dérision propre aux jeunes de son âge.
L’ironie chez Hani n’est qu’une carapace protectrice. Ce jeune est «bien dans sa tête et dans ses baskets». A peine dix-huit ans, l’adolescent a une vision de la vie autre que celle d’une jeunesse en mal de vivre. A 14 ans, il décide de laisser tomber la danse hip hop pour se consacrer à la musique. Précisément le rap, un moyen d’expression. Un état d’âme. Encouragé par son père, un retraité, et sa mère, une femme au foyer, à développer sa sensibilité artistique innée, Hani prépare son premier album avec Fifou, rappeur de l’ex-groupe Bled Boys.
Un album qui ne verra pas le jour car «on manquait de professionnalisme. Artistiquement, on n’était pas à la hauteur», reconnaît Hani qui ne se décourage pas pour autant. Il est, actuellement, sur le point de finaliser son deuxième produit «et si tout va bien, il sera dans les bacs en septembre prochain». Et pour améliorer son produit, Hani crée avec deux autres amis une «Pride». Et dans l’esprit et le jargon du rappeur en herbe, il s’agit, sans équivoque, d’un groupe artistique composé de trois rappeurs, d’un DJ et d’un reggaeman.
Les trois rappeurs s’autofinancent un «home studio» avec leur argent de poche et du matériel emprunté. Ils travaillent depuis une année sur une douzaine de chansons pour ce premier album intitulé Ouled Leblad (blédards). Et que chante Hani ? «La musique c’est pour se défouler, se détendre et non pas forcément pour rappeler à notre jeunesse qu’elle est marginalisée. Cela, nous le savons tous, pas besoin d’un album pour parler d’évidence. Pour moi, face aux problèmes, il faut agir et non pas se contenter de dénoncer. Nos responsables doivent agir.» Hani se tait un moment avant de renchérir : «Je préfère ne pas faire de politique.» Et pour ne pas faire du rap politique, Hani fait dans le rap social. Ses chansons sont tournées vers les phénomènes de la société. Evidemment, il chante l’amour, parle d’argent et du free style. A l’Algérie, sa «terre mère» qu’il mixe avec sa ville Alger, il déclare son amour «Algeria tebka hia jamais tmout. Algeria tebka ramz el khouloud. Welcom Fi 16, welcom fi ma city.» Chacun a sa manière de parler et de voir les choses, dit Hani et «c’est ça qui fait la différence, et c’est ce qu’on veut exprimer. Il y a ceux qui chantent la corruption, le marché noir, l’injustice, le chômage. Rien que du négatif, pourtant il n’ y a pas que cela dans notre pays». Hani se sent-il «mahgour» (marginalisé, opprimé, exclu) ? «Je n’ai que 18 ans et j’ai la chance encore d’étudier, d’être soutenu par ma famille. Donc, je ne connais encore pas la galère. Le besoin d’argent ou le chômage. Je pense que, si je vivais la situation de ces jeunes hittistes, diplômés ou non, qui se trouvent dans l’obligation de voler pour manger, j’aurais eu ce sentiment de hogra.» Et si d’aventure Hani était un «mahgour», ce n’est pas pour autant qu’il opterait pour la harga. «Sauter dans une barque de fortune pour rejoindre l’autre rive et dormir à même le trottoir n’est jamais une solution. Je préfère rester chez moi où je sais qu’il y aura toujours quelqu’un qui partagera avec moi son pain.». Hani refuse el harga ce qui ne l’empêche pas de rêver d’un «live» au Zénith parisien. «Je préfère ma vie ici, en Algérie, mais si je dois m’exiler un jour, ce sera pour lancer ma carrière artistique. Si je devais le faire, ce serait dignement. Quand on ne peut pas le faire, il faut penser à profiter de la vie qui s’offre à nous.» Ce qui s’offre à la jeunesse ? Pas seulement de la «détresse». «Bouteflika ? C’est notre président de la République. Il a réussi à changer beaucoup de choses, il faut le dire. Je ne suis pas d’accord avec ces jeunes qui, en sirotant un café bien noir, passent le plus clair de leur temps à dénigrer. Finalement, ils ne doivent en vouloir qu’à eux-mêmes car, avant d’exiger ou de revendiquer, il faut se demander ce qu’on a, soi-même, offert à son pays.»
Le pays, l’indépendance, la date symbolique du 5 Juillet ? C’est le «jour où l’Algérie a récupéré son nom, sa dignité et tout ce qu’elle avait perdu». Hani est heureux de la fêter parmi les siens. Il ignore que cette date symbolise aussi la fête de la jeunesse. «Puisque c’est le cas, j’émets un vœu, celui de voir notre jeunesse se réveiller un jour !»

H. Y.

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